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La peur de l’IA ne serait-elle pas en train d’amener les écrivains à une forme d’autocensure ?

5 oct.
2 min de lecture

En tout cas, c’était mon cas. De peur d’être accusée d’utiliser l’IA, je commençais à supprimer les rythmes ternaires parce que « ça fait IA », les tirets cadratins parce que « ça fait IA » et les métaphores… Mais j’adore les rythmes ternaires, les tirets cadratins et les métaphores ! Et d’ailleurs, l’IA, nourrie aux textes de grands auteurs, ne s’est-elle pas mise à les utiliser parce que nous les utilisions. C’est le serpent qui se mord la queue !



La polémique autour du livre de Thelyson Orélien et le lynchage qu’il a subi m’a fait prendre conscience du ridicule de l’affaire… et de mon incapacité à lutter.


On est même au-delà du débat qu’il ait utilisé l’IA ou pas. Sur les questions de plagiat, me revient à chaque fois le soupçon selon lequel Corneille aurait écrit les pièces de Molière. D’ailleurs, les textes des deux auteurs ont été passés dans un logiciel comparateur il y a de cela près de 15 quinze ans, et verdict : le vocabulaire utilisé et les tournures de phrases étaient si proches que la machine en avait conclu que Corneille était l’auteur des pièces de Molière.

Sauf que… Molière ne jouait pas que ses propres textes dans son théâtre. Il jouait énormément de Corneille, donc il avait sa rythmique, ses tournures de phrase dans la tête, cela a forcément influencé son écriture. Aucun comédien ne souscrit à cette théorie, nous savons trop combien travailler un texte nous influence. Et d’ailleurs, pourquoi Corneille aurait-il eu besoin de cacher qu’il écrivait de la comédie ? Il en a bien fait aussi. Et il n’y a pas à rougir des comédies savantes de Molière.

Mais voilà, les amateurs de scandale et les algorithmes ont bâti cette légende au point de mettre le soupçon sur un génie de la littérature.

 

Qu’en est-il de Thélyson Orélien ? Je n’en sais rien. A-t-il utilisé l’IA ou non? À combien de %? Où est la limite acceptable? Après tout, l’IA est un outil formidable pour les dyslexiques. Devrait-on les priver de cet outil en littérature ? Je ne sais pas. Ce qui est certain, c’est que le livre de Thelyson Orélien a bouleversé des milliers de lecteurs, et que l’auteur avait déjà ce style — qui a sans doute nourri l’IA — bien avant l’apparition de celle-ci.

 

Bref, si le verdict d’une machine peut condamner un texte alors à quoi bon essayer de lutter? Un gros ras le bol s’est emparé de moi : puisque je ne suis pas à l’abri d’être accusée d’utiliser l’IA, je vais… non : pas utiliser l’IA, je ne vais quand même pas me priver de ce plaisir! Car même si ce travail est long, difficile et me demande beaucoup d’efforts, cela reste une grande joie, et même une nécessité.

Non, je ne vais plus me soucier de la peur de l’IA, écrire comme bon me semble, mettre autant de métaphores, de tirets cadratins et de rythmes ternaires que j’en ai envie. Quelle libération!

 
 
 

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